Center Parcs

et la Sologne :

respect mutuel !

Une des actions menées au titre du Syndicat de la Sologne (SMADES) dont je suis le plus fier - je l’avoue ! - est l’implantation entre Lamotte et Chaumont-sur-Tharonne du 2e Center Parcs de France en conduisant une procédure très innovante d'insertion du projet dans son environnement.

L'idée d'un grand projet touristique

Au milieu des années 80, un agent immobilier solognot, Patrick Viant-Bénard, et quelques autres investisseurs français potentiels dans le domaine des loisirs, cherchent un site pour y implanter un complexe touristique d’un genre assez nouveau en France, mais déjà lancé dans d’autres pays européens par le groupe hollandais Center Parcs. Le domaine de L’Arsendrie à Saint-Viâtre sera un moment envisagé pour cette implantation. Des inquiétudes en matière d’environnement et des incertitudes sur le financement du projet le font échouer.

Mais l’idée d’un grand projet touristique en Sologne a pris une notoriété nationale et d’autres investisseurs à la recherche d’un site sont ainsi alertés.


Je ne peux pas être insensible à un tel projet d’envergure. D’abord, parce que la Sologne est par nature un territoire à vocation touristique accueillant de nombreux résidents secondaires, et encore plus de chasseurs qui considèrent la Sologne comme un "paradis de la chasse". Ensuite, parce que, entre 1986 et 1988, je suis chargé de mission au cabinet du Ministre de ... l’environnement. Et c’est dans mon bureau au ministère qu’atterrissent toutes les cartes postales de la campagne "Sauvons la Sologne" déclenchée par l’association Sologne nature environnement (dont je suis alors membre ...) contre le projet de L’Arsendrie ! Ça doit être ce que l’on appelle "un circuit court" ...

Caricature de PML préfigurant le Center Parcs
 

Le bon porteur de projet

Avec le maire de Saint-Viatre, Jean Hennequart, et plusieurs autres élus, nous apprenons que le groupe hollandais Center Parcs recherche un site pour construire un deuxième village, après celui ouvert en Normandie. Le directeur de Center Parcs France, Jean-Louis Falcoz, que je connaissais dans mes activités politiques régionales, me contacte.

Je tiens une réunion "en petit comité" à la mairie de Lamotte avec Jean Hennequart et plusieurs autres élus concernés par l’ancien projet de l’Arsendrie : nous sommes d’accord pour considérer que la recherche de Center Parcs est une chance à saisir pour la Sologne, et que le site de Saint-Viâtre n’est pas celui qui permettra sa réalisation.

Mes échanges avec Jean-Louis Falcoz montrent que les objectifs de Center Parcs peuvent être respectés en Sologne, et ceux de la Sologne respectés par Center Parcs. Ce partenariat est la condition d’une implantation "durable" du futur village. Quand le projet avancera, je proposerai 4 engagements pour mettre en œuvre concrètement ce partenariat.

Soucieux d’écarter toute confusion avec le projet de l’Arsendrie, et très attaché à un projet bien intégré à son environnement, Center Parcs France prospecte dans un espace assez large à moins de 2 heures au sud de Paris. Parmi les assez nombreux sites prospectés en région Centre, figurent celui du domaine de Saint-Maurice à Lamotte appartenant à l’Etat, et celui situé sur la commune de Chaumont-sur-Tharonne, appartenant depuis peu à un armurier du Loiret. Saint-Maurice sera écartée car trop proche de "la ville".

Avec le président du Conseil général, Roger Goemaere, et le directeur du comité départemental du tourisme, Olivier de Brabois, nous prenons, un petit matin, un avion à Tours pour aller à Eindhoven, en Hollande, afin de visiter le village de Centre Parcs voisin, et de rencontrer des responsables de la société. Nous sommes convaincus du sérieux du projet, de la solidité financière du porteur et de la possibilité d’apporter des solutions adaptées à l’identité solognote.

Nous allons donc pouvoir nous engager en faveur de ce projet exceptionnel, qui ne manquera cependant pas de provoquer des réactions à la mesure de ses caractéristiques "hors normes", et de la sensibilité - inhabituellement partagée ! - de propriétaires et d’écologistes qui vivent le projet comme une menace à éliminer ... ou face à laquelle une compensation serait la bienvenue.

 

La bataille de Center Parcs

Je n’oublierai jamais les appels téléphoniques de Jean-Louis Falcoz, depuis l’étude lamottoise de Me Roger Guyot (qui est aussi un de mes maires-adjoints), lorsque se signe l’achat des propriétés nécessaires à un projet de 150 ha. La dernière négociation chez le notaire butte sur une des parcelles nécessaires qui contient une maison en ruine mais squattée par un brave homme répondant au sympathique surnom de "Le chat" ! Par référence aux nombreux autres pensionnaires de cette bâtisse abandonnée ... Nous nous posons la question par téléphone d’arrêter l’acquisition et de chercher ailleurs. Nous convenons que le site est le plus adapté et que la difficulté vaut d’être résolue par un effort financier supérieur à celui prévu ...

Je n’oublierai pas non plus ma visite à mon ami Alain Letellier, maire de Chaumont-sur-Tharonne, pour lui annoncer le projet ! Sous un prétexte facile à imaginer entre élus, je le retrouve chez lui pour un apéritif une fin d’après-midi. J’attends qu’il soit solidement assis, je l’invite à bien ouvrir son col de chemise et à boire sans modération le verre servi ... Puis, je lui annonce le projet de construire un village de 800 cottages et une bulle aquatique géante sur 110 hectares de sa commune. Alain Letellier est un solide menuisier et un jeune maire. Il encaisse positivement le choc, prend la mesure de la chance et du défi qui s’offrent à sa commune et pose avec calme quelques questions inquiètes. Avec sa première adjointe, Jeannine Palacin, Alain Letellier jouera le jeu - qui en vaut la chandelle ! - courageusement, malgré les critiques auxquelles ce projet exceptionnel est soumis. Nous avons travaillé en confiance dans l’intérêt de la commune et de la Sologne.

Et tout ne fut pas rose ! Dans un drôle de duo, des écologistes autoproclamés et des propriétaires soucieux que rien ne bouge montent au front contre le projet de Center Parcs. Ils veulent « sauver la Sologne », lancent des pétitions ( dont je parle plus haut), essaient d’attiser l’inquiétude par la menace de multiples « nuisances ». Le futur village , sur 110 ha , va défigurer les 500.000 ha de la Sologne. Il va servir de plaque tournante, au centre de la France, pour le trafic de drogue importée des Pays-Bas. Il va faire venir un flot touristique incontrôlable, faire fuir le gibier, polluer les sols, embouteiller nos routes, détruire de la forêt, accaparer l’eau, concurrencer nos hôteliers-restaurateurs, exploiter la main-d’oeuvre locale ou la raréfier .’’!

Avec Jean-Louis Falcoz et l’architecte François Gauthier, avec Alain Leteillier et Jeanine Palacin, nous organisons de multiples réunions d’information et d’échanges, publiques ou privées. Et surtout, nous répondons point par point à tous les arguments ou nous en saisissons les experts qui sont chargés des études (lire ci-dessous) sur tous les aspects du projet afin de répondre dans un second temps aux interrogations.

Nous avons tous besoin d’y voir objectivement clair, d'évaluer les solutions possibles, et de pouvoir décider "durablement". C’est exactement l’état d’esprit, à la fois, du Syndicat de la Sologne et de Center Parcs. Les menaces de recours juridiques, confiés aux avocats les moins mal rémunérés de France !, n’aboutissent à rien, car il n’y a pas de fondement juridique solide pour faire prospérer un recours.

Je préfère ne pas évoquer l’utilisation de ce projet par mes adversaires politiques pour polluer la campagne pour les élections législatives de 1988. Je serai battu de 750 voix. Mais je n’ai aucun regret : cela aurait été long d’être élu 30 ans député au lieu de 25 ! Plus sérieusement, Center Parcs est une fierté pour la Sologne, qui a aussi contribué au choix de Lamotte pour l’implantation du Parc de la Fédération française d’équitation. Coup double qui est unique en France.

Reprenons le cours des choses : le changement de propriétaire du groupe Center Parcs en 1989 retardera le lancement du projet. Les nouveaux dirigeants, issus d’un important groupe de brasseurs écossais, "Scottish & Newcastle", voulant prendre le temps de définir leur stratégie avant d’engager un lourd investissement en Sologne. Ce n’est qu’en 1990 que le projet reprend son cours opérationnel.

 
Un partenariat ambitieux avec Center Parcs

Center Parcs ne sera pas plaqué sur la Sologne !

Avec les nouveaux propriétaires du groupe Center Parcs, nous partageons le même objectif : réussir une intégration "sans couture" du village Center Parcs dans son territoire d’accueil, et rechercher le maximum de retombées positives pour la Sologne.

Le Syndicat de la Sologne prend l’initiative de proposer une procédure très innovante d'insertion du projet dans son environnement. L’idée principale est simple : pour réussir durablement, Center Parcs doit offrir un service irréprochable à ses clients. Pour assurer cette qualité de service, Center Parcs s’est fixé des critères pour les décisions d’embauche, de travaux ou d’achat.

La meilleure manière d’assurer le maximum de retombées positives pour la Sologne et ses habitants est donc de connaître par anticipation les exigences que Center Parcs s’impose et imposera à tout fournisseur de prestation. En bénéficiant de la bonne information suffisamment à l’avance, les candidats prestataires - et les organismes chargés de les assister - auront la motivation et le temps d’organiser leur meilleure réponse aux exigences de Center Parcs.

Il est donc proposé à Center Parcs un partenariat sur 4 programmes :

  • Le premier programme vise à assurer une insertion irréprochable dans l'environnement, avec 3 études d'impact et des solutions novatrices.

  • Le deuxième programme est consacré à l'emploi, en préparant un maximum d'habitants de Sologne à candidater à un des 530 emplois créés.

  • Le troisième programme concerne le bâtiment, en permettant aux entreprises régionales et locales de connaître 1 an avant les exigences de ce chantier de 800 millions de francs : les entreprises ont pu s'organiser et emporter une majorité de marchés (certaines continuent encore à y travailler pour la maintenance).

  • Le quatrième programme prépare l'approvisionnement local maximum de ce village d’une population permanente de plus de 3000 résidents en court séjour : les agriculteurs et les artisans locaux ont pu faire valoir leurs produits dès l'ouverture.

 

Un partenariat "au carré"

Pour la bonne insertion environnementale, nous proposons de confier les études à des organismes qui assurent à la fois une rigueur scientifique incontestable et l’expérience de terrain : le renommé BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière, basé à Orleans-La Source) pour toutes les études de sol ; le CDPNE de Loir-et-Cher ("Comité départemental pour la protection de la nature et de l’environnement") pour les études faune et flore.

Les questions de ressources en eau et de traitement des rejets sont l’objet de toutes les attentions car elles sont importantes pour un village de 3800 lits et des activités nautiques permanentes.

La mise sur la table de toutes les questions et leur traitement rigoureusement scientifique en toute transparence sont toujours la meilleure réponse à l’inquiétude ou à la polémique. Cette démarche fait comprendre, à une très large majorité de l’opinion publique, les bénéfices et les risques maîtrisés de ce projet "hors normes". Elle prive d’arguments sérieux les opposants "jusqu’au-boutistes" ...

Pour l’emploi notre idée est simple : motiver et former un maximum d’habitants de la Sologne pour réussir leur recrutement le plus large possible dans les futurs 520 emplois directs permanents, dont 450 à temps complet. Nous faisons valoir à Center Parcs que la stabilité du personnel passe en zone rurale par l’embauche la plus large possible de salariés habitant en famille à proximité. Center Parcs en est convaincu et définit deux ans avant l’ouverture les profils et les conditions de recrutement. Avec les services de l’Etat et du Conseil régional, avec l’ANPE (devancière de Pôle Emploi), nous menons, une double opération :

  • informer plusieurs mois en avance individuellement chaque demandeur d’emploi, et plus largement la population, des embauches prévues. Leur proposer une formation de mise à niveau pour répondre aux exigences d’embauche ;

  • puis, organiser une grosse opération de formation des candidats qui seront retenus.

Ce programme pour l’emploi permet d’assurer que tous ceux qui le veulent ont leur chance, et que l’essentiel du recrutement bénéficie aux habitants locaux. Un résultat appréciable pour la plus importante création d’emploi des années 90 dans ma circonscription.

Le troisième programme a pour objectif de préparer les entreprises locales et régionales à répondre aux exigences du vaste chantier de construction 140 millions d’euros avec 800 "cottages", une "bulle aquatique" et autres bâtiments du complexe de loisirs. Plus d’un an avant l’ouverture du chantier, nous organisons plusieurs réunions pour que les architecte de Center Parcs réunis autour de François Gauthier présentent le projet et les exigences qu’ils auront pour le choix des entreprises constructrices. Nous invitons à ces réunions les représentants de la profession des 3 départements solognots : Cher, Loir-et-Cher et Loiret, et ceux du niveau régional, en leur laissant la responsabilité de diffuser l’information à leurs mandants. Les entreprises seront ainsi informées et motivées par les Chambres de Métiers, de Commerce et d’Industrie, les CAPEB, etc.


Ce programme permettra que l’essentiel des travaux soit capté par des entreprises régionales. Nombre de ces entreprises n’ont pu être retenues que parce qu’elles avaient eu la motivation et le temps d’organiser leur participation sous la forme "groupée" aux appels d’offres. Cette expérience s’est prolongée par des coopérations interentreprises durables. Certaines continuent de travailler pour l’entretien de ce village.

Le quatrième programme cherche à anticiper sur un autre objectif : celui que le village et les plus de 3 000 personnes vivant en moyenne dans ce village s’approvisionnent le plus possible localement, pour son supermarché et pour ses restaurants. Nous organisons aussi, en amont, des réunions d’information des représentants des professionnels avec les Chambres de commerce et d’industrie et les Chambres d’agriculture des 3 départements et de la région. La connaissance anticipée des besoins et des exigences de Center Parcs permettra, dans le dialogue, de mieux calibrer certaines productions ou d’en développer de nouvelles. Beaucoup de productions locales sont ainsi proposées aux résidents et certains producteurs y trouvent leur débouché principal.

Un bel exemple : pour la cheminée qui fonctionne au cœur de chaque cottage, Center Parcs mettait à disposition de ses clients des bûches artificielles ... Une petite scierie de Loreux, à côté de Romorantin, a eu l’idée de proposer des sacs de petites bûches de nos forêts de Sologne. Center Parcs a abandonné l’artificiel pour l’approvisionnement local "authentique" !

Un partenariat notamment environnemental
 

L'intérêt général
n'est pas le "tout ou rien"


La Sologne et Center Parcs ont réussi leur partenariat, dans le plus grand respect mutuel.

Et on peut se réjouir que tout le monde ait fini par partager ce constat de réussite ! C’est ainsi que l’association de protection de l’environnement dont le président avait combattu le projet de Center Parcs intervient heureusement depuis des années pour des animations environnementales dans ce village des Hauts de Bruyères ! Ou que des opposants déterminés au projet sont heureusement devenus maire ou adjoints de Chaumont-sur-Tharonne en se félicitant tout au long de leurs mandats de la richesse paisiblement apportée par Center Parcs !

Heureusement aussi que ce projet n’a pas été étouffé dans l’œuf par les obstacles dressés dès sa présentation. L’intérêt général, ce n’est pas le "tout ou rien". C’est le dialogue, la transparence, la rigueur des analyses, la recherche des solutions raisonnables, l’imagination, la volonté d’être constructif au service de tous.

Il y a ceux qui passent leur temps à dire "ce qui ne va pas" ; et il y a ceux qui passent leur temps à chercher comment faire "pour que ça marche". Le pire pour le pays, c’est quand les premiers gagnent.

L’honneur d’un élu c’est de tout faire pour "que le souhaitable devienne possible" pour ceux qui lui ont fait confiance.

 

Pour protéger la Sologne, la concertation créatrice de la plus grande zone Natura 2000 d'Europe

Dix ans avant le "Grenelle de l’environnement", mais dans le même état d’esprit, j’organise, comme président du Syndicat de la Sologne, une grande concertation au sujet de Natura 2000 avec tous les partenaires de la protection et de la valorisation du patrimoine naturel de la Sologne (sylviculteurs, chasseurs, pisciculteurs, agriculteurs, associations de naturalistes, services de l'Etat et des collectivités ...). Un accord est réalisé après de nombreuses réunions d’échanges pour demander, sous réserve du respect par l’Etat de 2 conditions, le classement de 348 000 ha, la plus grande partie de la Sologne, en zone Natura 2000.

Les 2 conditions posées par le syndicat de la Sologne et ses partenaires sont acceptées par l’Etat. La première condition est d’avoir une "gestion globale" des objectifs de protection. Il ne s’agit plus de protéger définitivement le patrimoine naturel à tel endroit, mais de le protéger à cet endroit et, si les circonstances l’exigent, de transférer la protection à un autre endroit dans les 348 000 ha de Natura 2000. Cette gestion, que nous appelons "la permanence statistique", permet de ne pas bloquer définitivement la protection sur quelques sites particuliers mais d’assurer la réalisation des objectifs de protection de manière évolutive sur l'ensemble du territoire.

La seconde condition est que cette protection se réalise sous la forme du volontariat : volontariat pour les sites à étudier, volontariat pour une mise en œuvre contractuelle des mesures de protection et d’indemnisation.

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